Hier, en appelant mon père pour lui raconter la rentrée, toussa, toussa, j'avais super envie de pleurer, et en vrai, j'avais même les larmes aux yeux.

Ahem.

J'ai essayé (et réussi) à ne pas fondre en larmes en lui demandant de venir me chercher. Non parce qu'en vrai, je me demande parfois très sincèrement ce que je fiche dans cette école. Je me disais, bon, c'est la 5ème du classement, c'est pas mal, mais c'est pas H*E*C non plus, donc normalement, il devrait pas y avoir beaucoup de parisiens prétentieux, snobs, bourges, avec leurs petits polos, leurs petites mèches, leurs petites lunettes, et leurs petits sacs longchamps. BEN SI. Et même BEAUCOUP. Et c'est assez drôle d'entendre certaines personnes dire à voix très haute, pour être bien sûr que le monde entier va les entendre que "non mais, moi, j'étais laaaaaaarge pour avoir BusinessSchool". C'est assez drôle et assez pathétique mais assez flippant aussi, parce que je vais passer trois ans de ma vie avec eux. Et clairement, je ne me sens pas vraiment à ma place. Mes colocs sont un peu dans le même genre, style personne ne m'a jamais dit non... Ils ont un accès direct sur les comptes de leurs parents (wtf), font des chèques de 370€ + 170€ + 160€ sans sourciller, sans s'émouvoir, peuvent se payer des repas de 8€ tous les jours à la cafet', sortent souvent et sans trop regarder le nombre de bières à 5€... WAOW.
Je ne sais même pas si je vais pouvoir payer ces fichus 370€, ne pense même pas au 330€ de weekend d'intégration, j'ai été déposer un cv + lettre de motivation à DoMac, je fais super attention à ce que je mange, me suis autorisée un restau moules frites avec mes colocs hier soir, parce que c'est la braderie, tiens mes comptes très strictement, me demande comment je vais payer mon loyer, mes livres... Pas facile d'être pauvre.

Je crois qu'il y a quelques années de ça, lanévrosée de l'époque aurait eu honte de répondre que son père était ouvrier alors que les leurs sont tous pdg, cadres ++++... Maintenant, non. Je comprends mieux les idées de mon père, de ma famille, que je ne partage pas entièrement. Je comprends mieux cette idée de lutte des classes, aussi. Mais je n'ai plus honte de dire d'où je viens, de dire que je suis boursière, et que putain, ces écoles, c'est quand même super cher, alors égalité des chances, laissez moi rire un peu.

Bref, je me suis un peu perdue dans mes pensées, mais tout ça pour dire que parfois je ne me sens pas vraiment à ma place. Mais que parfois, j'ai juste envie de mieux réussir qu'eux, histoire de leur montrer un peu...

Mais hier, au téléphone, j'étais vraiment pas fière.