Je rêve d'avoir un genre de Pensieve, comme dans Harry Potter. J'écris tout parce que j'ai peur d'oublier, mais j'aimerais pouvoir garder mes souvenirs intacts, avec tous les petits détails. C'est presque limpide dans mon esprit, mais dès que j'écris tout devient confus. C'est assez perturbant...

Mon cousin s'est donc marié. J'appréhendais beaucoup, et j'ai été vraiment étonnée de la façon dont les choses se sont bien déroulées. Enfin, jusqu'à un certain moment. Inévitablement, il a fallu que quelque chose arrive, puisque c'est toujours le cas. Après la mort de ma grand-mère, je n'ai pas de souvenirs d'une seule soirée, d'un seul séjour chez ma tante et sa famille en Bretagne qui se soit bien terminé... Je suis donc allée à ce mariage en me demandant ce qui allait bien pouvoir se passer.

Arrivés en Bretagne vers 10h15, alors que le mariage était prévu dans l'après-midi, on a décidé d'aller se promener un peu avant d'aller chez mon cousin. C'était l'occasion de passer devant la maison de ma grand-mère, qui a tellement changé que je ne l'ai pas reconnue. Ce n'est pourtant pas faute d'y avoir passé du temps. J'aurais bien aimé rester plus longtemps à la regarder, m'approcher un peu plus, mais apparemment, rentrer chez les gens comme ça, ça ne se fait pas trop.

Puis passage éclair chez un petit vieux, dont le lien de parenté avec ma mère m'échappe (c'était peut-être juste un ami de ma grand-mère en fait). Il vit dans la même porcherie dont j'avais le souvenir. Sol dégueu, murs dégueu et décrépis, chaises défoncées, cuisine archi crade, et au milieu du bordel, une télé écran plat neuve qui détonnait. Quand on est arrivé, vers 10h30, il était déjà à la bière, et une de ses amies buvait du porto. Normal, quoi.

Puis direction chez mon oncle et ma tante. Contents de nous revoir depuis tout ce temps. Je revois mes 2 autres cousins, les frères du futur marié. Ils n'ont pas changé. Malheureusement. L'un a 30 ans, et vit toujours chez ses parents. Il n'a pas de boulot fixe, il ramasse de temps en temps des déchets selon les besoins de l'entreprise. Il n'a pas le permis. La dernière fois que je l'avais vu chez lui, il était défoncé à je ne sais quelle drogue, et l'alcool coulait à flot. L'autre est un peu plus jeune. Il a une copine qui, je l'apprendrai plus tard, est complètement folle. Il a apparemment un travail mais je ne sais pas ce qu'il fait. Il n'a pas le permis non plus. Mais il ne vit plus chez ses parents! Il habite à 5min à pied, avec sa copine (dans un appart' qui est au moins aussi crasseux que la maison du petit vieux - je n'y suis pas allée mais plusieurs personnes m'ont raconté le désastre à base de tampons usagés partout, de crottes de chiens pas nettoyées DANS l'appart', et d'une épaisse couche de trucs non identifiés mais dégueu sur les meubles, etc. YUMMY).

J'ai pitié de leur existence "minable". Le seul loisir qu'ils ont, c'est de se bourrer la gueule tous les soirs. Ils n'ont aucune perspective, presque aucun espoir de s'en sortir, et d'avoir une vie convenable. J'ai peut-être l'air snob à dire ça, mais réellement, ils sont graves.

Cela dit, je suis contente de revoir la soeur de ma mère. De toute façon, à chaque fois qu'on vient en Bretagne, c'est pour la voir, elle. Je trouve qu'elle a vraiment vieilli, et qu'elle a l'air épuisé.

Et finalement, on repart pour aller chez mon cousin qui habite à 30km de chez ses parents. C'est la première fois que je vais chez lui, mais mon père est déjà venu. Un homme que je ne connais pas, Yann, vient nous ouvrir le portail. Apparemment, il connaît mon père. Il me dit qu'il est le cousin de mon cousin, mais du côté de son père. Sur le coup, je ne tilte pas du tout mais je réagis environ 3h plus tard quand il appelle "maman" une femme que je voyais souvent. Ah oui, c'est le fils de G., donc... J'ai bien dû le voir quelques fois quand j'étais petite.

A part lui, et S., une amie d'enfance de la mariée, on est les 1ers arrivés. Du coup, on est mis à contribution pour les derniers préparatifs. On en profite pour faire connaissance. C'est sympa. J'apprends que Yann a un peu moins du double de mon âge. D'autres invités arrivent pendant qu'on mange des petites choses. Mon oncle, ma tante, et mes deux cousins arrivent. J'essaie de parler un peu avec mes cousins, mais ils n'ont rien à dire. En même temps, leur vie est tellement triste que c'est à peine étonnant. Au final, après avoir donné des nouvelles de mes frères à ma tante, je me désintéresse presque totalement d'eux, et je continue à parler avec les amis des mariés qui arrivent.

Ca a été ma stratégie tout au long de la journée.

L'heure de la mairie approche, et on doit subir les commentaires déplacés de mon oncle, raciste fini, sur le mariage qui avait lieu avant et sur la mariée qui était black. J'en profite pour aller dire bonjour à l'autre soeur de ma mère, et à son mari, qui sont sourds et muets. J'ai trouvé ma tante bien moins vieillie que l'autre. Leur fils fait la traduction pendant que je raconte encore ce que font mes frères. Je fais également la connaissance de sa femme et de leur fils.

Vient notre tour à la mairie, j'en profite pour prendre des photos de la cérémonie et accessoirement pour regarder Yann qui, bien habillé et classe, est vraiment pas mal. Je trouvais déjà qu'il avait beaucoup de charme à la base, mais là, il est très agréable à regarder.

Le mariage se poursuit à l'église. Mon père, comme d'habitude, n'y va pas. Et pour ma part, je me tâte. J'ai encore en mémoire le mariage du début de l'été où la cérémonie a duré 2 très longues heures et où j'ai cru mourir d'un ennui profond. Finalement, on me demande, ainsi qu'à S., de distribuer les feuillets à l'entrée de l'église et je me retrouve à assister à la cérémonie, encouragée par le curé qui nous glisse "n'oubliez pas de garder des feuillets pour vous!".

Au final, on n'avait pas assez de feuillets pour nous, et comme de toute façon je ne connais pas les chants, ça ne m'a pas trop dérangée. C'était long mais le curé était chaleureux et j'ai même fini par trouver ça agréable.

Pendant les photos, j'ai continué à parler avec S., Yann et un autre homme, J., le mari de la soeur de la mariée, que je trouvais aussi bien sympathique et intéressant. Il faisait un froid de canard, et je me demandais à voix haute ce qui m'avait pris de choisir un Erasmus en Suède.

Vin d'honneur passé en compagnie de S. et J., à parler des Vieilles Charrues où J. a joué, à parler de musique en général, et de bien d'autres choses encore. On rigole comme des baleines en siphonnant des verres. Je me retrouve un long moment seule à seul avec J., qui remplit son verre à une vitesse hallucinante, toujours à parler de musique. Il me raconte des anecdotes géniales. Il a un peu plus du double de mon âge, et je lui dis que je regrette d'être si jeune et de ne pas avoir pu voir en concert certains vieux groupes. Il m'engueule à moitié, en me disant qu'il ne faut surtout pas que je dise de trucs pareils. Les effets de l'alcool commencent à se faire sentir chez lui.

S. vient nous rejoindre. Puis c'est L., le curé himself, qui vient discuter avec nous. Je le félicite pour la cérémonie, en lui disant qu'il a même réussi à me toucher, moi, l'athée de service. On discute de ses fonctions, et je trouve extrêmement intéressant de pouvoir échanger avec un homme d'église, chose que je n'avais jamais faite jusqu'alors. On parle également de choses diverses, et je le trouve vraiment "moderne". Au final, je me rends compte que j'ai vraiment des préjugés sur les curés et les religieux en général.

Je ne sais pas combien de temps on a pu rester à parler, mais ça doit commencer à faire un bout car on nous appelle pour aller dîner. Et manque de bol, je ne suis pas à côté des gens avec qui j'ai passé la soirée mais je suis à côté de mes chers cousins, de la femme de mon autre cousin que je ne connais pas. Et je suis déçue, parce que j'aurais bien aimé rester discuter avec les autres.

Le repas est long. Je discute avec ma femme de mon cousin, qui est très gentille. Vers la fin du dîner, J. vient s'asseoir à côté de moi, et on recommence à parler musique en écoutant ce que le DJ passe. Sauf qu'il commence à vraiment être bien arraché. Il me répète qu'il ne faut pas que je change, parce que je suis une fille super, et qu'il espère que je vais me trouver un joli Suédois blond aux yeux bleus et en tomber amoureuse. Il commence à être chiant, et à me dire qu'il est un vieux con, et qu'il aimerait bien avoir mon âge.

Des gens commencent à danser, et j'en profite pour inviter (forcer en fait) S. à venir danser. Yann essaie d'inviter ma tante sourde et muette à venir danser, et je suis touchée par ce geste. Même si elle refuse, je trouve ça gentil de sa part.

En revenant sous le chapiteau après avoir été changer de chaussures, j'ai croisé le regard de ce cher curé, qui dansait. J'étais étonnée de le voir là, si tard (encore un préjugé!), lui qui ne devait rester que pour le vin d'honneur. Un rock a commencé et il m'a demandé si je voulais danser avec lui. J'ai répond que je ne savais pas trop danser (grosse tare), mais il a pris ça pour un oui, et a été vraiment un très bon professeur. En retournant m'assoir près de S. et de la mariée, on m'a demandé si j'avais une touche avec lui (The Thorn Birds like!).

Et c'est là que les choses ont commencé à foirer.

Un des fils de la mariée est venu voir sa mère pour lui dire que des gens étaient en train de se battre (à l'écart du chapiteau, heureusement). Et dans "les gens", il y avait... MON père! Et l'autre type, c'était J.. Mon cousin avait réussi à s'interposer entre les deux, et restait à côté de mon père pendant que J., à l'autre bout de la cour, continuait à insulter copieusement mon père. J'ai demandé à mon père de se calmer, putain. La moitié du chapiteau n'avait pas encore quitté la fête à ce moment-là. Et mon cousin a pu nous raconter ce qui s'était passé, pendant que J. saignait du nez dans son coin, et que sa femme hurlait qu'il était cassé. Mon père sortait de la maison alors que mon cousin et J. discutaient sur le pas de la porte. Quand mon père est sorti, J. complètement fait, lui a dit qu'il était un crevard, un enculé et d'autres choses encore moins jolies, alors qu'ils ne s'étaient pas parlé de la journée. Mon père, qui n'aime pas trop se faire insulter, et qui est assez nerveux, surtout quand il a bu, lui a alors mis son poing dans le nez. Alors j'ai commencé à crier, à dire à mon père qu'il était vraiment pas malin, que putain, il voyait bien que l'autre ne savait plus ce qu'il faisait (il a même fait des fuck au curé, c'est dire), alors merde, il était pas obligé de réagir au quart de tour, et de lui décocher une droite, que c'est un mariage, qu'il pouvait quand même bien se tenir pour cette occasion même si l'autre était trop con.

Et là, la moitié du chapiteau est arrivée. Un des hommes avec qui j'avais parlé m'a demandé si mon père avait frappé J. parce qu'on avait passé la soirée à parler ensemble... J'ai été voir comment allait J., en lui apportant du papier toilette, et le marié est arrivé en hurlant qu'il n'avait pas à insulter sa famille, et avec l'intention de le frapper.

Et je crois bien que c'est à ce moment-là que je me suis mise à pleurer, et à me dire qu'on n'aurait jamais dû venir. J'ai été voir mon père et je lui ai dit qu'on rentrait à la maison, tout de suite.

Les choses se sont envenimées. Un de mes cousins que je n'aime pas beaucoup s'en est pris à un des oncles de la mariée, qui n'avait rien demandé mais qui a empêché le marié de frapper J.. Mon oncle con s'en est pris à la mariée, et elle a dit que son fils n'avait pas à s'en prendre à sa famille. Mon oncle con a pris la mouche (alors qu'il n'avait rien à voir dans l'histoire), et a dit qu'ils allaient repartir. Pendant ce temps-là, J. et la soeur de la mariée sont repartis chez eux.

Mon père ne voulait pas repartir, du moins pas tout de suite, alors je l'ai engueulé, en lui disant qu'il avait fait assez de dégât pour ce soir, et que c'était fini, qu'on rentrait et qu'il me donnait ses clés tout de suite. J'ai dit à ma tante que j'étais désolée, et que je savais qu'on aurait jamais dû revenir, que ma mère était décédée et que c'était sans doute mieux qu'on n'ait plus de contacts. L. est venu pour essayer de me calmer, et de me raisonner mais je suis montée chercher nos affaires à l'étage.

J'ai pleuré un bon moment toute seule, et j'ai commencé à mettre nos affaires dans la voiture. La plupart des gens étaient retournés dans la chapiteau. Mon oncle con m'a dit de venir passer la nuit chez eux, et j'ai refusé, je me sentais capable de conduire jusqu'à chez nous. Mais mon père a accepté. De toute façon mon oncle est parti en laissant un de ses fils donc il a bien fallu qu'on le ramène.

Mon père trainaît, racontant pour la 67ème fois à qui voulait bien l'entendre comment l'autre l'avait insulté sans raison, comment il n'était pas homme à se laisser insulter. Apparemment J. n'était pas très apprécié, et la plupart des gens espérait qu'il ait vraiment eu le nez cassé parce que ce n'est pas la 1ère fois qu'il déconne à une soirée.

Je suis allée dire au revoir aux gens du chapiteau, m'excuser auprès de la mariée, embrasser ma tante sourde et muette, entendre S. me dire qu'elle comprenait et qu'elle aurait fait pareil que mon père dans une telle situation, embrasser d'autres gens et dire au revoir à L.. Je suis retournée dans la cour et mon père n'avait toujours pas l'air décidé à partir. Et moi, je commençais à être fatiguée. Et puisque J. et mon oncle étaient partis, il n'y avait plus de problème. Yann me disait qu'on n'avait qu'à rester, mais mon père a voulu partir donc on est allés dormir chez mon oncle.

Bien évidemment, j'ai dû conduire dans la nuit noire et sur les petites routes de campagne bretonne pourries. Je n'étais pas rassurée. Mon cousin me posait des questions débiles et m'énervait. Je me suis perdue. Et en plus, j'ai eu le droit de me faire engueuler par mon père.

Et le lendemain, on y est retourné.


(Mon dieu, c'est affreusement long. Et pas franchement intéressant. Mais je suis contente de voir que c'est écrit quelque part, dans un ersatz de Pensieve...).