Je regresse.

Je n'en peux plus de cette douleur sourde et invisible, qui se situe entre mon coeur et ma tête. Il y a longtemps que je n'avais pas ressenti ça. Mon année passée à la Réunionie a été tellement parfaite que j'avais... oublié. Pourtant rien ne va mieux. Surtout pas mon père, qui s'enfonce toujours plus dans l'alcool, et qui voit tous ses amis mourir les uns après les autres. Et on arrive à la période critique de l'année. C'est inconscient, je ne peux pas m'empêcher de penser à ce que je faisais à cette période il y a 7 ans maintenant. Mon dieu, 7 ans... Comme ma mère me manque...  Je me sens tellement désolée d'avoir été si stupide et d'avoir gâché les quelques années que nous avons partagées ensemble. J'imagine qu'aujourd'hui elle serait fière de moi si elle pouvait me voir. Mais c'est trop tard... Je suis sûre qu'elle aurait bien aimé Greg.

J'ai mal, et je ne sais pas quoi faire pour me soulager. J'aimerais tellement ressentir une douleur physique pour oublier un peu. Me tordre une cheville, me casser un bras, me faire un torticolis, un claquage, n'importe quoi. Tout à l'heure, en repassant mes vêtements, je me suis même surpris à lorgner sur le fer avec un peu trop d'intérêt... Mais comme, en plus, je suis une chochotte, je me contente de serrer mes petits poings en enfonçant mes ongles dans ma paume.

Et Greg me manque. Et je lui en veux, je crois. De continuer à faire des choses, à aller au restaurant avec des amis, à aller au cinéma, à aller à des concerts, à aller faire du sport, etc. De continuer à vivre sans moi. C'est stupide, je sais. Je n'ai pas envie qu'il reste chez lui enfermé à ne rien faire, ce n'est pas ça. C'est juste que je suis jalouse. Un peu. Moi je n'arrive pas à vivre sans lui. Je survis, c'est tout. Je n'ai aucune envie de sortir, de parler avec des gens, d'aller boire des verres. En plus, je suis fauchée, ce qui n'arrange rien... Même si c'est un homme et qu'un homme, ça montre moins ce que ça ressent, je crois que j'aimerais bien voir que notre séparation lui pèse autant qu'à moi.

Bref, je regresse.